SYNTHÈSE EXÉCUTIVE
Yves Laybourn - Groupe de Strasbourg – protection67@proton.me

Réforme de la Protection de l'Enfance – Propositions à destination des CDPE

Principe directeur : « Des faits documentés, rien que des faits documentés »

Changement de paradigme : « En quoi puis-je vous aider ? » – Passer d'une logique de sanction à une logique d'aide

8 DYSFONCTIONNEMENTS MAJEURS IDENTIFIÉS

1. Rapports sociaux biaisés et non factuels

2. Absence de contradictoire effectif

3. Impunité des professionnels

4. Placements inappropriés (conflit parental, pauvreté, TSA/TND non diagnostiqués)

5. Méconnaissance des troubles psychiatriques et neurodéveloppementaux

6. Absence de transparence et de traçabilité

7. Durée excessive des mesures sans résultat

8. Insuffisance des contrôles des lieux de placement

5 AXES DE RÉFORME – 20+ MESURES

AXE 1 – OBJECTIVITÉ : Rapports factuels, cellule de vérification, exclusion de la psychanalyse

AXE 2 – GARANTIES PROCÉDURALES : Communication anticipée (20-30j), avocat obligatoire pour l'enfant, enregistrement des audiences, JAF spécialisée en psychiatrie

AXE 3 – RESPONSABILITÉ : Responsabilité pénale pour faux (art. 441-1/441-4 CP), réforme du contrôle des magistrats, FNIVPE

AXE 4 – ALTERNATIVES : Fin des placements pour conflit parental et pauvreté, maisons parentales, priorité famille élargie, AEMO limitée à 12 mois

AXE 5 – CONTRÔLE : Contrôle indépendant, vidéosurveillance espaces communs, entretiens filmés, droit au changement d'intervenant/juge

IMPACTS ATTENDUS

Réduction des placements abusifs de 30 à 50%

Économie nationale : 1 à 1,5 milliard €/an

Amélioration de la relation de confiance avec les familles

Traçabilité et fin de l'impunité

FONDEMENTS JURIDIQUES

Droit français : Code civil art. 375+, CPC art. 1187/1191, CP art. 441-1/441-4, CPP art. 40, CRPA art. L311-1+, CASF art. L133-6

Jurisprudence CEDH : Kutzner c. Allemagne (2002), Wallová et Walla c. Rép. tchèque (2006), Strand Lobben c. Norvège (GC, 2019)

Document complet : 20+ mesures détaillées ci-après


CATALOGUE DE PROPOSITIONS

RÉFORME DE LA PROTECTION DE L'ENFANCE

Analyses et mesures à destination des CDPE

Document de travail – Novembre 2025

PRÉAMBULE

Ce catalogue présente un ensemble cohérent de propositions visant à réformer en profondeur le système français de protection de l'enfance. Ces propositions s'appuient sur les constats du rapport de la commission d'enquête parlementaire (avril 2025), les travaux de Me Christine Cerrada et Me Michel Amas, ainsi que l'expertise de terrain de nombreux professionnels et familles concernées.

Principe directeur : « Des faits documentés, rien que des faits documentés »

Changement de paradigme : « En quoi puis-je vous aider ? » – Passer d'une logique de sanction à une logique d'aide aux familles.


PARTIE I – ANALYSES DES DYSFONCTIONNEMENTS

1. Rapports sociaux biaisés et non factuels

Constat : Les rapports sociaux contiennent des interprétations psychologisantes, des jugements de valeur et des éléments non vérifiables. L'évaluation est devenue une interprétation subjective plutôt qu'un recueil objectif de faits.

Utilisation de termes flous : « mère fusionnelle », « père rigide », « conflit parental »

Absence de sources documentées pour les affirmations

Rapports des deux parents sur l'autre retranscrits sans vérification

Impossibilité de contester les éléments avant leur transmission au juge

2. Absence de contradictoire effectif

Constat : Les familles découvrent souvent les rapports le jour de l'audience, sans possibilité réelle de les contester. Le délai d'appel de 15 jours est insuffisant.

Communication tardive des pièces (parfois le jour même de l'audience)

Délai d'appel de 15 jours trop court pour préparer une défense

Absence d'avocat obligatoire pour l'enfant dans de nombreux cas

Hiérarchie des preuves non respectée (l'avis de l'éducateur prime sur le certificat médical)

3. Impunité des professionnels

Constat : Les rédacteurs de rapports faux ou mensongers ne sont jamais sanctionnés. Le faux en écriture publique (art. 441-1 et 441-4 Code pénal) n'est jamais appliqué aux rapports sociaux.

Aucune plainte pour faux n'aboutit contre les travailleurs sociaux

Le CSM classe sans suite les plaintes contre les magistrats

Absence de mécanisme de responsabilité individuelle

4. Placements inappropriés

Constat : Des enfants sont placés pour des motifs qui ne constituent pas un danger réel : conflit parental, pauvreté, troubles neurodéveloppementaux non diagnostiqués.

Placements pour « conflit parental » alors qu'un parent est compétent

Placements pour précarité économique déguisée en « carences éducatives »

Enfants TSA/TND/TDAH placés faute de diagnostic et d'accompagnement adapté

Non-recherche systématique dans la famille élargie avant placement

5. Méconnaissance des troubles psychiatriques et neurodéveloppementaux

Constat : Les juges des enfants ne sont pas formés en psychiatrie. Les pathologies parentales (psychose, trouble de la personnalité) ou les troubles de l'enfant (TSA, TDAH) ne sont pas correctement évalués.

Confusion entre comportements symptomatiques et « difficultés éducatives »

Avis de travailleurs sociaux non qualifiés pris comme des diagnostics

Parents pathologiques maintenus en contact sans évaluation psychiatrique

6. Absence de transparence et de traçabilité

Constat : Les audiences ne sont pas enregistrées. Il est impossible de vérifier ce qui a été dit. Parole contre parole.

Pas d'enregistrement audio ou vidéo des audiences

Procès-verbaux possiblement lacunaires ou orientés

Impossibilité de prouver des propos tenus en audience

7. Durée excessive des mesures sans résultat

Constat : Les AEMO s'éternisent pendant des années sans qu'aucune solution soit trouvée. Les familles restent sous contrôle indéfiniment.

AEMO renouvelées automatiquement sans évaluation réelle

Absence d'obligation de résultat pour les services

Situations qui s'enkystent pendant 5, 7, 10 ans

8. Insuffisance des contrôles des lieux de placement

Constat : Les foyers et familles d'accueil ne sont pas suffisamment contrôlés. Les enfants placés ne sont pas entendus séparément.

Contrôles rares et annoncés

Enfants entendus en présence des professionnels

Associations de contrôle subventionnées par les départements (conflit d'intérêts)


PARTIE II – MESURES PROPOSÉES

AXE 1 – OBJECTIVITÉ DES RAPPORTS

Mesure 1.1 : Rapports strictement factuels

Les rapports ne contiennent que des faits vérifiables : dates, lieux, propos entre guillemets

Interdiction des termes interprétatifs (« fusionnel », « rigide », « conflit parental »)

Obligation de sourcer chaque affirmation

Format standardisé : maximum 5 pages, structure FAITS / ANALYSE / PRÉCONISATIONS

Mesure 1.2 : Cellule de vérification des rapports

Création d'une cellule départementale de vérification avant transmission au juge

Vérification des faits allégués et des sources

Droit de rectification factuelle pour les familles

Validation contradictoire obligatoire

Mesure 1.3 : Experts – Exclusion de la psychanalyse

Seules les approches scientifiquement validées sont admises

Interdiction des termes psychanalytiques dans les rapports officiels

Experts référencés par le tribunal : validation par les associations indépendantes

AXE 2 – GARANTIES PROCÉDURALES

Mesure 2.1 : Communication anticipée du dossier

Transmission des rapports 20 à 30 jours avant l'audience (au lieu de 8 jours)

Accès intégral au dossier pour les parties et leurs avocats

Droit de réponse écrit joint systématiquement au dossier

=> CORRECTION factuelle du dossier avant l'envoi au juge

Mesure 2.2 : Avocat obligatoire pour l'enfant

Désignation automatique d'un avocat pour tout enfant concerné

Mission première : purger le faux dans les rapports

Formation spécifique obligatoire (30h minimum)

L'avocat respecte la volonté de l'enfant et ne décide pas « pour » lui

Mesure 2.3 : Extension du délai d'appel

Délai d'appel porté à 30 jours (au lieu de 15)

Possibilité de relevé de forclusion en cas d'empêchement légitime

En cas de placement : appel immédiat possible

Mesure 2.4 : Enregistrement des audiences

Enregistrement audio systématique de toutes les audiences

Conservation pendant 10 ans minimum

Accès de droit pour les parties et leurs avocats

Utilisation possible en appel ou en cas de plainte

Mesure 2.5 : JAF spécialisée en psychiatrie

Formation obligatoire des juges en psychiatrie (200h)

Compétences requises : TSA, TND, TDAH, troubles de la personnalité

Création d'une JAF spécialisée (JAF-PE) pour les cas complexes

Première question à poser : « En quoi puis-je vous aider ? »

C'est une JAF spécialisée désormais qui doit s'occuper des enfants en danger et/ou victimes de maltraitances.


AXE 3 – RESPONSABILITÉ ET SANCTIONS

Mesure 3.1 : Responsabilité pénale pour faux

Application effective des articles 441-1 et 441-4 du Code pénal aux rapports sociaux

Qualification pénale explicite du faux intentionnel dans un rapport de protection de l'enfance

Possibilité de porter plainte directement contre la personne physique

Retrait de l'attestation d'honorabilité en cas de condamnation (art. L133-6 CASF)

Mesure 3.2 : Réforme du contrôle des magistrats

Possibilité de poursuivre les magistrats au pénal pour faute caractérisée

Statistiques publiques obligatoires sur les plaintes et sanctions

Suspension automatique en cas de mise en examen pour faits graves

Recours effectif contre les décisions du CSM

Mesure 3.3 : Évaluation psychologique des professionnels

Évaluation psychologique de stabilité émotionnelle et des facteurs de risque psychosociaux obligatoire avant recrutement

Suivi psychologique régulier des professionnels en exercice

Application aux travailleurs sociaux ET aux juges des enfants et JAF

Mesure 3.4 : Répression des clients pédocriminels

Aggravation des peines : 7 ans minimum (10 ans si mineur de moins de 15 ans)

Inscription obligatoire au FIJAISV

Interdiction définitive de travailler avec des mineurs

Systématisation des poursuites (plus d'alternatives aux poursuites)

Mesure 3.5 : Fonds national d'indemnisation (FNIVPE)

Création d'un fonds d'indemnisation des victimes de placements abusifs

Procédure simplifiée d'indemnisation

Financement par les condamnations et les contributions départementales

AXE 4 – ALTERNATIVES AU PLACEMENT

Mesure 4.1 : Fin des placements pour conflit parental

Le conflit parental seul ne peut plus justifier un placement

Évaluation objective : identifier le parent le plus compétent

Médiation familiale obligatoire avant toute décision

Maintien chez le parent protecteur si l'autre présente un danger

Mesure 4.2 : Fin des placements pour pauvreté

La précarité économique ne peut plus être un motif de placement

Aide financière d'urgence obligatoire avant toute mesure

Solutions de logement et d'emploi prioritaires

Mesure 4.3 : Maisons parentales de quartier

Création de structures d'accueil de proximité dans les quartiers difficiles

Personnel formé pour garder les enfants et accompagner les parents

Permet aux parents solos de travailler sans perdre la garde

Coût estimé : 40 à 50% moins cher que le placement classique

Maintien du lien parent-enfant préservé

Mesure 4.4 : Priorité à la famille élargie

Recherche systématique dans la famille élargie avant tout placement

Évaluation obligatoire des grands-parents, oncles, tantes

Le placement en institution = ultime recours uniquement

Décision spécialement motivée si la famille élargie est écartée

Mesure 4.5 : AEMO à durée limitée

Durée maximale : 6 mois renouvelable une fois (12 mois maximum)

Obligation de résultat : à l'issue, décision claire obligatoire

Clôture si amélioration, placement si danger avéré, autre mesure si besoin spécifique

Fin des AEMO qui s'éternisent sans évolution


AXE 5 – CONTRÔLE ET TRANSPARENCE

Mesure 5.1 : Contrôle indépendant des lieux de placement

Contrôles inopinés par des associations non subventionnées

Composition : anciens enfants placés, parents concernés, professionnels indépendants

Audition séparée obligatoire des enfants placés

Rapports publics annuels par établissement

Mesure 5.2 : Vidéosurveillance des espaces communs

Caméras dans les espaces communs des foyers (pas les chambres)

Conservation 30 jours minimum

Protection des enfants ET des professionnels

Accès encadré en cas d'incident signalé

Mesure 5.3 : Entretiens conjoints filmés

Les deux parents reçus ensemble (sauf violence conjugale avérée)

Enregistrement audiovisuel avec accord des parties

Permet de comparer les versions et détecter les fausses allégations

Copie remise aux parents et versée au dossier

Dès le début : « En quoi puis-je vous aider ? »

Mesure 5.4 : Droit au changement d'intervenant et de juge

Demande de changement d'éducateur possible facilement

Nouveau référent proposé sous 15 jours

Demande de dessaisissement du juge possible en cas de partialité

Décision du premier président sous 15 jours

Mesure 5.5 : Suivi médical obligatoire des enfants placés

Bilan médical complet dans les 15 jours suivant le placement

Suivi psychologique mensuel par professionnel indépendant

Bilan semestriel transmis au juge

Dossier médical unique conservé 10 ans après majorité


PARTIE III – IMPACTS ATTENDUS

OBJECTIF

RÉSULTAT ATTENDU

Décisions fondées sur des faits

Réduction des placements abusifs de 30 à 50%

JAF spécialisée en psychiatrie

Meilleure prise en compte TSA/TND/TDAH

Changement de paradigme (aide vs sanction)

Relation de confiance, adhésion aux mesures

Fin des placements pour conflit parental

Réduction de 20% des placements

Fin des placements pour pauvreté

Justice sociale, économies massives

Maisons parentales de quartier

Économie de 40 à 50% vs placement classique

Responsabilité pénale effective

Amélioration qualité des interventions

Enregistrement des audiences

Traçabilité, réduction des conflits

Impact financier national estimé

Économie potentielle : 1 à 1,5 milliard d'euros par an

Réinvestissement possible dans la prévention et l'aide aux familles

Amélioration de la qualité de vie des enfants réellement protégés


CONCLUSION

Cette réforme repose sur cinq piliers fondamentaux :

1. OBJECTIVITÉ : Fin des rapports subjectifs et psychologisants

2. COMPÉTENCE : Juges formés en psychiatrie, professionnels évalués

3. AIDE CONCRÈTE : Solutions alternatives au placement, soutien aux familles

4. TRANSPARENCE : Enregistrement, traçabilité, fin de l'impunité

5. ÉQUITÉ : Égalité des armes, contrôle indépendant, sanctions effectives

« Il est temps de remettre la raison, la rigueur et l'équité au cœur de la protection de l'enfance. »

SOURCES ET RÉFÉRENCES

Textes juridiques français

Code civil, articles 375 et suivants (assistance éducative)

Code de procédure civile, articles 1187, 1191

Code pénal, articles 441-1 et 441-4 (faux en écriture), 225-12-1

Code de procédure pénale, article 40 (obligation de signalement)

Code des relations entre le public et l'administration (CRPA), articles L311-1 à L311-9 (droit à communication)

Code de l'action sociale et des familles (CASF), article L133-6 (attestation d'honorabilité)

Jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme

CEDH, Kutzner c. Allemagne, 26 février 2002, n° 46544/99 (condamnation pour placement abusif d'enfants en raison des capacités parentales)

CEDH, Wallová et Walla c. République tchèque, 26 octobre 2006, n° 23848/04 (interdiction des placements pour logement inadéquat/pauvreté)

CEDH, Strand Lobben c. Norvège, Grande Chambre, 10 septembre 2019, n° 37283/13 (condamnation pour rupture du lien familial sans justification suffisante)

Jurisprudence nationale

Cass. civ. 1ère, 20 octobre 2021, n° 19-26.152 (articulation des compétences JAF/juge des enfants, exigence d'un fait nouveau de danger)

Ouvrages de référence

Me Christine CERRADA, Placements abusifs d'enfants : une justice sous influences, Michalon, mars 2023

Me Michel AMAS, Chroniques du mépris ordinaire – Placements abusifs, Éditions du Panthéon, septembre 2025

Rapports institutionnels

Rapport de la commission d'enquête parlementaire sur les manquements des politiques publiques de protection de l'enfance (Isabelle Santiago, rapporteure), avril 2025

Rapport Naves-Cathala sur les placements d'enfants, 2000

DREES, L'aide sociale à l'enfance, Édition 2025

Avis du CESE « La protection de l'enfance est en danger », 2024

Associations

Drapeaux Blancs pour les enfants (67-68)